Le Perche



Au point de vue administratif, aujourd'hui, le Perche est tout à fait ignoré. Sur une carte d'atlas scolaire, vous trouverez peut-être l'indication "collines du Perche". Le Perche n'est pas assez étendu pour être une grande région naturelle. Quand on étudie la France, on le rattache soit à la Normandie, soit au sud du Bassin Parisien, soit même à la Vallée de la Loire. Et pourtant, son nom est connu de tous ceux qui le traversent et le visitent.


La notion de forêt permet d'assigner des limites géographiques au Perche. Si, à des origines très lointaines, elle le couvrait entièrement, à l'époque gallo-romaine elle comportait dans son intérieur de nombreuses clairières : tous les lieux-dits qui se terminent en y, i, é ou ai, transmettent jusqu'à aujourd'hui les noms de grands propriétaires ; ainsi Screniacum, domaine de Screnus, est devenu Sérigny. On peut être certain que beaucoup d'autres ont pris le nom d'un saint au Moyen-Age. La forêt a certainement repris de l'importance après les invasions qui détruisirent l'Empire Romain et surtout pendant les ravages dûs aux incursions normandes du Xe siècle. Mais malheureusement, le défrichement reprit.


Actuellement, ces étendues arborescentes forment encore une ceinture presque ininterrompue au Nord et à l'Est, très facile à suivre à l'ouest et au sud, du moins en ce qui concerne le Grand Perche. Avant la construction de routes par les grands voyers de la monarchie, et l'aménagement des forêts pour les chasses (étoiles et layons), c'était une véritable frontière naturelle. De nos jours, elle constitue encore un contraste brutal avec tous les pays voisins. Le voyageur qui arrive des plateaux découverts de Beauce ou de Basse-Normandie, des campagnes mancelles, alençonnaises ou d'Argentan est frappé de se trouver d'un coup en face d'une nature toute différente : relief plus accidenté, descentes et montées très fréquentes sur les routes, tournants plus brusques qu'il ne paraît. Beaucoup d'arbres, une multitude de haies et de nombreuses rangées de pommiers semblent laisser peu de place aux cultures, dans ce pays très vert, des toits de fermes dispersées se découvrent un peu partout, avec çà et là un clocher pointu en ardoise qui règne sur un tout petit nombre de maisons. Ce n'est pas du tout une campagne, c'est un bocage.


C'est pourquoi le Perche a gardé un souvenir très vivace de son originalité. La Constituante en a mis le morceau dans quatre départements : Orne et Eure-et Loire principalement, mais aussi Sarthe et Loire-et-Cher. Mais surtout depuis le XIXe siècle, les habitants du Perche ne veulent pas se dire normands (Alain, le philosophe né à Mortagne, disait : "pas plus que Manceaux, Beaucerons et Dunois").


LES XVIIe et XVIlIe SIÈCLES

Les violences entre le pouvoir et les féodaux continuent toujours puisqu'il y a les soulèvements du début du règne de Louis XIII et la Fronde. Aucun grand événement d'importance nationale ici. On sait que plusieurs manoirs furent saccagés, on rapporte cet incident mortagnais : des voleurs brisent une fenêtre à l'hôtel du président du présidial ; sa femme est dans la pièce ; elle les repousse, pertuisane à la main.


Au lendemain des guerres de religion, commence une série de mutations économiques et sociales. La fixité des froits féodaux, liée à l'augmentation générale des prix, est fatale à la noblesse rurale, déjà ruinée par les troubles. Ainsi, verra-t-on beaucoup de manoirs acquis, dès ce temps, par les "laboureurs" type même des paysans assez aisés pour posséder leur terre.


Autre signe des temps, l'émigration percheronne au Canada.

Robert Giffard, chirurgien de Mortagne né à Autheuil, près de Tourouvre, part pour la "Nouvelle France" vers 1620. Il revient en 1627, se marie, entre dans la Compagnie des Cent-Associés, destinée à développer la colonie, finalement repart en 1634. Pas seul : en sa compagnie, quelques mortagnais ou tourouvrains, liés avec lui par des contrats notariés qui prévoyaient la cession de bonnes surfaces de terre à défricher contre des obligations de travail. Ils réussirent. Il y eut quelques autres départs jusque vers 1665. Dans un esprit tout différent, Madeleine de la Peltrie s'en alla comme "mère des pauvres et des malades" à Québec. Si l'on s'en tient seulement au nombre des partants, il paraît minime ... Mais ses incidences furent importantes si l'on en juge par le nombre des canadiens actuels qui portent les noms de ces ancêtres, et parfois viennent au vieux pays y rechercher des "cousins".

Source: http://perso.wanadoo.fr/cgperche/perche.htm


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