Charles Bélanger

En 1654, Charles, fils de François Bellanger, a 14 ou 18 ans. Il accompagne son père aux champs, aide aux travaux de la ferme. Comme la trentaine de colons établis à cette date sur la côte, il doit travailler la terre tout en surveillant les Iroquois qui rôdent, surtout les Agniers, les plus cruels, qui brûlent les maisons, détruisent animaux et récoltes. Ils labourent donc armés de la charrue, de la hache et du fusil. Dans cet état constant d'alerte, la vie n'est guère réjouissante, ni le travail facile. Pour augmenter les récoltes en même temps que la famille se multiplie, il faut gagner sur la forêt à force de bras, arracher les souches, bécher, piocher, battre le blé. On vit dans des maisons en bois rond ou en pierres percées de fenêtres étroites à carreaux en papier huilé. François a fabriqué lui-même ses meubles : tables et bancs, et il a dû ajouter un lit à chaque naissance.

Le fleuve étant la seule voie praticable pour se rendre à Québec, ou d'un village à l'autre, il faut emprunter le canot en été (parfois même en hiver), ou le traîneau que tirent les boeufs à travers la forêt. En 1661, les Agniers tuent huit personnes sur la Côte de Beaupré, et sept à l'Île d'Orléans. La famille de François Bellanger est épargnée mais la mort continue de rôder. En l'espace de treize mois, Marie Guyon perdra d'abord sa mère, mariera son fils Charles à Barbe Cloutier puis perdra son père Jean Guyon le 13 mai 1663 au milieu d'une série de tremblements de terre qui secoueront la Côte de Beaupré jusqu'à Québec. Pour Jean Guyon, sur son lit de mort, cela dut apparaître comme la fin du monde et suffit probablement à hâter son agonie.

François Bellanger devint - selon le recensement de 1667 - l'un des plus prospères cultivateurs de la Côte de Beaupré avec " 50 arpents de terre et 13 bestiaux dans son étable. " Talon ayant établi en 1665 le système des capitaines de milice dans chaque paroisse pour diriger l'organisation militaire, François Bellanger est désigné à cette charge dans la seigneurie de Beaupré. Charles, qui partage la maison avec sa mère, sa femme et leurs fils François et Charles, continue de cultiver la terre pendant que son père se consacre à ses fonctions militaires. Un document conservé par Georges Bélanger révèle qu'à cette époque, le 24 octobre 1674 la terre s'est élargie d'une perche et cinq pieds concédée gratuitement à François Bellanger par " Monseigneur Lencien premier évesque de quebecq " (Mgr de Laval) contre cinq sols de rentes. Pour récompenser les anciens officiers de milice, Talon leur avait concédé des Seigneuries.

Ses successeurs ne sont pas moins généreux. Aussi François Bellanger et sa femme abandonnent-ils leur terre et bâtiments de l'Ange-Gardien à leur fils Charles pour devenir le 1er juillet 1677, de par le bon plaisir du gouverneur de Frontenac et de l'intendant Duchesneau, seigneur du fief de Bonsecours, soit un domaine de trois milles de front sur le fleuve, par six milles de profondeur, devenue aujourd'hui une partie de la paroisse de L'Islet. Deux de leurs fils, dont Louis qui les ont suivis sur la rive sud, les quittent peu après pour s'établir dans les environs.

En 1681, le recensement révèle que le seigneur de Bonsecours a quatre domestiques. Il vit donc confortablement. De François Bellanger et de Marie Guyon, on saura très peu de choses sur leurs dernières années, sauf que François est devenu " seigneur du fief Bélanger " à L'Islet, qu'il serait mort durant l'hiver de 1690-91 et probablement inhumé dans le cimetière de Cap-St-Ignace, là ou Marie Guyon sa femme fut enterrée le 1er septembre 1696. François et Marie, n'ayant laissé aucun titre d'héritage, leurs biens devenaient conséquemment partageables entre leurs héritiers collatéraux au détriment de leurs seuls enfants.

Tandis que l'amiral Phipps et ses 34 navires de guerre lancent sur Québec, en 1690, des milliers de boulets qui mettent la ville à feu et à sang, à quelques lieues de là, à l'Ange-Gardien, deux générations de Bélanger doivent lutter contre leurs propres soeurs, beaux-frères et belles-soeurs, oncles et tantes, cousins et cousines, pour revendiquer au cours d'incessants pèlerinages chez les notaires de Québec et chez le bailli de Château-Richer, les portions d'un patrimoine déjà subdivisé mais que la loi permet de reprendre en faisant valoir leurs droits lignagers, ou descendance depuis l'aïeul.

C'est Charles Bélanger deuxième génération qui, le premier décembre 1691, réclame " une terre de l'Ange-Gardien " contenant cinq arpents de terre de largeur sur le fleuve et lieue et demie de profondeur joignant d'un côté à Guillaume Hébert et d'autre côté à Nicolas Quentin avec une maison, une grange, terres labourables près bois de hautes futayes ainsi que le font poursuit… " acquise par le cousin Nicolas Trudel de Joseph Guyon Dubysson (son " beau-frère du côté maternel ") et qui est enfin retournée à Charles Bélanger, qui rembourse le prix de deux mille cinquante-cinq livres en " bonne monoys "…


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