Les Gohier
de Ville Saint-Laurent


RÉMI GOHIER
Une histoire à découvrir


(Note de André Bélanger : Rémi Gohier était mon grand-père maternel)

Maire de 1943 à 1949

Fils de Pierre Gohier, cultivateur et de Marguerite Legault, Rémi Gohier est né à Saint-Laurent le 26 novembre 1874. Il est propriétaire à la côte de Vertu d'une ferme qui lui a été donnée en 1903 par son père. Elle longerait l'actuelle Montée de Liesse, au sud du boulevard Côte-Vertu.


Mon grand-père maternel

Jardinier maraîcher, Rémi Gohier s'adonne à la culture de la laitue et du chou. Il vend ces produits au marché Bonsecours à Montréal. On le surnomme "Rémi l'Anglais" parce qu'il parle avec un fort accent anglais, sans connaître un mot de cette langue. D'abord conseiller municipal de 1928 à 1932, il fait un retour en politique en 1943, année où il défait Joseph Martin au poste de maire. Il est réélu par acclamation lors des deux scrutins suivants. C'est sous la direction du maire Gohier qu'on inaugure l'entreprise pharmaceutique " Ayerst, McKenna & Harrison ", située montée Saint-Laurent.

En 1943, Canadair lance le Catalina, le premier avion construit entièrement à Saint-Laurent. Avec la fin de la Deuxième guerre mondiale, la municipalité connaît un véritable essor économique. Commerces et industries s'installent le long de la montée Saint-Laurent, aujourd'hui boulevard Laurentien. Depuis 1855, les élections se tiennent en hiver. Désormais, elles ont lieu en mai. Le Conseil fait procéder à la numérotation des maisons sur tout le territoire. Émile Bélanger remplace Louis-L. Deguire comme secrétaire-trésorier de la municipalité. Premier employé à plein temps, il est aussi le dernier à occuper ce poste. Pendant ce temps, la ville se développe très rapidement.

Le conseil d'une paroisse qui abrite les usines de la Canadair et de Noorduyn Aviation entretien des préoccupations de plus en plus voisines de celles d'un conseil urbain. Il provoque l'organisation de services d'autobus conduisant à Montréal. Maurice Reed, de Montréal, exploitera le service passant par la Côte-de-Liesse, René Dussault, de Pierrefonds, exploitera le service sur les chemins Saint-François, Bois-Franc et Côte-Vertu. Le conseil de paroisse offre 800 $ l'arpent aux propriétaires de terrains expropriés en vue d'élargir les montées à l'ouest de la paroisse. Les propriétaires acceptent; leurs terres ne se seraient pas vendues si cher 10 ans plus tôt.

Le conseil vote une subvention de 2 500 $ payable en 10 annuités, aux Soeurs de l'Espérance pour la construction d'un nouveau pavillon. Il pousse la générosité jusqu'à voter 2 000 $ payables en 10 annuités, à la souscription lancée en faveur de l'Université. Le conseil de paroisse affronte cependant un problème. Les grandes usines d'aviation, comme les pistes de l'aéroport, sont exemptes de taxes, tandis que les dépenses d'administration augmentent avec l'intensité de la circulation. Le maire Rémi Gohier et le conseil de paroisse évaluent la perte annuelle à 3 850 $ et demandent au gouvernement fédéral une compensation.

Un cas embarrassant se présente pour ces bleus, aux élections fédérales de 1949. Le parti libéral présente Léopold Demers dans le comté de Jacques-Cartier. Léopold Demers est le gendre d'Hector Cousineau, ancien maire bleu, bien entendu, de la paroisse. Lui-même n'habite pas Saint-Laurent, mais il est propriétaire et contribuable dans la paroisse. La solidarité locale, la camaraderie de clocher, bouleversent-elles les vieilles traditions ? Rémi Gohier, maire de la paroisse, fait voter des voeux de succès à ce presque enfant de Saint-Laurent, "qui saura défendre à Ottawa les meilleurs intérêts de ses commettants, en particulier de tous les Canadiens français en général, et partant, ceux de tout le Canada, continuant ainsi les belles traditions du parti politique qui nous gouverne actuellement." Un conseil municipal de Saint-Laurent, présidé par un Gohier, souhaitant la victoire d'un candidat libéral : on aura tout vu !

La plupart des lots rachetés pendant la crise sont vendus. C'est le terrain, maintenant, qui manque. La ville de Saint-Laurent, devenue la dynamique et ambitieuse ville de Saint-Laurent, étouffe dans ses étroites limites. Elle veut les repousser, à l'est et à l'ouest, et s'adresse à la législature dans les premiers jours de 1949. La paroisse se défend. Rémi Gohier résiste à Édouard Gohier jr qui ne lui est apparenté qu'en remontant un bon nombre de génération, tout en sachant quelque concession inévitable. Le conseil de paroisse "s'objecte au projet tel que conçu, concédant simplement le territoire compris entre les limites de la ville actuelle et les voies du Canadien-National, ainsi que la limite ouest ayant front sur la Côte-de-Liesse et mesurant environ 20 arpents de superficie", et requiert les services d'un avocat (17 janvier 1949). Mais si la ville tient aux habitants ce langage : "Si vous vous annexez, vos propriétés, de rurales devenant urbaines, prendront une plus-value." Cet argument pèse. Un conseiller propose que la paroisse consente à l'annexion d'une partie de son territoire, moyennant une indemnité de 2 500 $ par an pendant 20 ans (9 février 1949). En 1947 et en 1949, la paroisse se voit à nouveau amputée, au profit de cette dernière, d'une partie de son territoire.

La ville de Saint-Laurent, qui s'est tant défendue contre les tentatives d'annexion de Montréal, s'empare, à l'ouest, de l'espace compris entre la rue Saint-Aubin, la Côte-de-Liesse, la rue Bertrand et la Côte-Vertu. Elle englobe à l'est, un vaste territoire entre la voie ferrée du Canadien-National et la Côte-de-Liesse. Sa superficie est presque triplée du coup.

Le 11 janvier 1904 en l'église de Saint-Laurent, Rémi Gohier prend pour épouse Marie-Antoinette Cousineau, fille de Nérée Cousineau et de Marie-Anne Legault. Suite au décès de cette dernière, il convole en secondes noces le 6 avril 1929 en la cathédrale de Montréal avec sa belle-soeur Anna Cousineau, veuve de Louis-Hercule Devault et fille de Nérée Cousineau. De la première union sont nés Antoinette (mariée à Athanase Bélanger, le 28 octobre 1925), Marguerite et Jean-Rémi (Jean-Pierre). Rémi Gohier décède le 13 août 1956 à l'âge de 81 ans.




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