L'Islet et son histoire


Lorsque le comte de Frontenac concéda, le 17 mai 1677, à Geneviève Couillard, la Seigneurie de L'Islet-St-Jean, et à François Bélanger, celle de Bonsecours, le 1er juillet de la même année, il marquait une étape importante dans l'édification de l'empire que la France voulait pour sa colonie d'Amérique. En effet, ces concessions de seigneuries faisaient partie d'une politique économique et sociale datant de Mazarin, façonnée, sous la conduite du Grand Roi, par Colbert et Talon, et mise en oeuvre par l'amiral Frontenac qui avait fixé comme objectif à ses collaborateurs de " conspirer pour le bien-être des habitants de la colonie. " Ce régime seigneurial basé sur le droit des censitaires à posséder leur terre devait trouver son plein épanouissement dans un cadre - la paroisse - dirigé par un prêtre.

Ces seigneuries, généralement attribuées à de simples roturiers que le roi voulait honorer pour services rendus comme ce fut le cas à L'Islet, étaient subdivisées en un certain nombre de fermes où s'établissaient les colons. Ils devenaient propriétaires du sol moyennant le paiement d'une somme assez minime qui portait le nom de cens, comme en France. Le seigneur, par contre, devait mettre à leur disposition un moulin banal, un four à pain et une commune. Le seigneur était tenu également de fournir le terrain nécessaire à l'érection de l'église, du cimetière et du presbytère. En retour, il possédait un banc à perpétuité et avait le privilège de se faire enterrer dans l'église.

Le petit nombre de colons, qui venaient de France chaque année, recevait de Jean Talon l'argent, les instruments de travail et les vivres nécessaires. La fécondité et la valeur des récoltes augmentaient d'année en année. L'intendant pouvait donc écrire, à la fin de son administration : " je vois peu de denrées en France que l'on ne puisse trouver ici dans quelques années. " Ainsi, donc les fils de la France établis ici répétaient les nobles gestes des ancêtres normands, saintongeois ou poitevins. Ils étaient venus sur les bords du St-Laurent avec l'espoir de gagner leur vie honnêtement, et comme l'écrivait monsieur Bruchesi : - " Ils apportaient avec eux les qualités et les défauts de la nation, les vieilles coutumes, les chansons et le langage des diverses provinces d'où ils venaient. " - Ce désir bien légitime de se faire une petite place au soleil n'avilit aucunement leur enracinement dans le christianisme. Au contraire, il donne un sens à leur épopée et explique, avec le courage des explorateurs et des missionnaires, tant de larmes tant de sacrifices et cette résistance prolongée sous une autre forme jusqu'à nos jours.

Venue, la première sur ce continent, la France avait, avec les colons, les administrateurs et les missionnaires, établi ici de bons artisans qui ont perpétué sur les rives du St-Laurent, non sans les avoir pliés aux circonstances, des traditions artistiques qui rattachent l'art canadien à celui de la vieille France. Que ce soit l'oeuvre d'un Levasseur, Pierre-Florent Baillairgé, Ranvoyzé, Amyot, Sasseville, Créquy, Perrault ou d'un Jean-Julien Bourgault, d'un François Lemieux ou, de nos jours, d'un Henri Caron, le caractère en est suffisamment marqué pour qu'il soit possible de le rattacher à la plus respectable des traditions françaises. Leur art, d'inspiration religieuse, se traduisait dans les églises et leur ornementation. Celles-ci jettent dans nos campagnes une note de pureté.



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