La Seigneurie


Fief et Seigneurie de Bonsecours (L'Islet)


À l'époque de la Nouvelle-France, la concession des terres s'est faite par l'entremise du Système seigneurial instauré par le gouvernement français et en partie calqué sur le régime féodal qui se poursuivait encore en France. Ce sont l'Intendant et le Gouverneur qui étaient chargés d'accorder au nom du roi de France les titres de concession des seigneuries.

En nommant Jean Talon, Intendant de Nouvelle France, le 23 mars 1665, le roi Louis XIV lui avait donné pour mission spéciale de s'occuper dse son peuplement. Il désirait que l'on procédât en cela régulièrement, établissant les colons de proche en proche, en partant des endroits déjà habités. Talon suivit à la lettre les ordres du roi. Il commença par enlever aux grands propriétaires, qui les avaient laissées en friche, les concessions si généreusement octroyées par la Compagnie de la Nouvelle-France, puis il obligea ceux qui voulaient les retenir à les mettre en culture. Pendant cinq ans, il étudie les besoins du pays et mûrit un plan noveau de peuplement. Il ne fera que des concessions de dimensions raisonnables à des individus qui ont donné des preuves de bon vouloir. Il verra à ce que chacun remplisse ses obligations de seigneurs. C'est en 1672 qu'il fait sa grande distribution de seigneuries : quarante-huit sur les deux rives du fleuve.

Le premier juillet de l'année 1677, il accorde à François Bélanger, capitaine des milices de la côte de Beaupré, les terres qui sont le long du Fleuve Saint-Laurent, du côté du sud, entre ce qui appartient à la demoiselle Geneviève Couillard, en remontant le dit fleuve jusqu'à celles de la damoiselle veuve Amyot, contenant en tout une lieue et demie de front sur deux lieues de profondeur. C'est le fief et seigneurie de Bonsecours.

Privilèges et obligations du Seigneur et des Censitaires


Avant de voir à l'oeuvre, respectivement dans leur fief, Geneviève Couillard et François Bélanger, il faut dire les droits et devoirs des seigneurs à l'égard de leur suzerain le roi, par le truchement du gouverneur ou de l'intendant, les droits et devoirs des censitaires à l'endroit du seigneur.

Depuis l'instauration du régime seigneurial dans la colonie, Titres d'honneur que l'on attache à la terre, individus que l'on tire du commun pour les nommer seigneurs, gens de qualité que l'on revêt d'un fief, tout cela fait partie d'un programme pour susciter le plus de collborateurs possible dans la grande entreprise du peuplement de la Nouvelle-France. François Bélanger est engagé dans un système qui lui fait un devoir de grossir la population autour de lui et de rendre le sol aussi rentable que possible. En fait, il accepte d'être en quelque sorte un entrepreneur sous le contrôle de l'État et c'est autant à l'avantage de l'entrepreneur qu'à celui du pouvoir public. Il est seigneur pour établir sur sa terre des habitants et lui et ses censitaires sont liés d'une façon précise par des droits et devoirs réciproques.

Devoirs des seigneurs :
  • Ils doivent peupler la seigneurie. De là, la nécessité de présenter à l'Intendant, aussi souvent que celui-ci l'exigera, un aveu
  • et dénombrement de leur seigneurie.
  • Ils doivent conserver le bois de chêne qui pousse sur leurs terres pour la construction des navires du roi.
  • S'ils troquent leur seigneurie, ils devront payer le droit de quint, c'est-à-dire une valeur s'élevant au cinquième de la propriété.
  • Ils doivent occuper leur manoir ou s'y faire remplacer par une personne raisonnable.
  • Ils n'ont pas le droit de refuser une concession sans une raison valable.
  • Ils doivent aussi construire et entretenir un moulin banal, contribuer à la construction et à l'entretien de l'église et du presbytère,
  • enfin travailler avec les censitaires lorsque l'intendant ordonne une corvée.

Quant aux censitaires, ils acquièrent la propriété de la terre concédée et ordinairement le droit de chasse et pêche dans les limites de leur concession, mais cet avoir est soldé par des redevances multiples : la rente seigneuriale, le cens, les droits de lods et vente, de mouture, de corvée, de coupe de bois, de pêche.


En lisant la carte de Catalogne (1709), il y a lieu d'observer quelques traits caractéristiques de l'usage du territoire.



La géométrie des divisions attire l'attention : les seigneuries sont toutes orientées parallèlement en suivant la ligne nord-ouest sud-est. Cette direction est postulée par le fleuve, qui nous le savons, a été le premier et seul chemin utilisable. Les seigneuries sont étroites. À l'intérieur des seigneuries, les censitaires peuvent avoir accès au fleuve. Avantage appréciable pour l'usage des droits de chasse et pêche et aussi longtemps qu'ils seront privés de bonnes routes de terre. Aussi, nous voyons les seigneuries de l'Islet, St-Jean et Bonsecours divisées en longues bandes parallèles d'inégale largeur. Autre chose à remarquer, les domaines seigneuriaux : François Bélanger fixa le sien au centre de la seigneurie. Au recensement de 1681, il y vivait, lui et sa femme, deux enfants, Geneviève et Jacques et 4 domestiques. Il menait déjà une existence confortable. C'est dans sa maison que, en décembre 1683, le chanoine Thomas Morel dit la messe à l'issue de laquelle les censitaires des seigneuries de l'Islet, de Saint-Jean-Port-Joli et de Bonsecours demandèrent l'autorisation de construire une première chapelle. Eut-il une commune, c'est-à-dire un endroit pour faire paître le cheptel des censitaires? Rien n'empêche de l'affirmer. Construisit-il un moulin banal quelque part? Les documents nous manquent malheureusement là-dessus.



Le deuxième domaine seigneurial Bélanger a toujours été à l'extrémité est de la seigneurie. Nous voyons par le recensement de 1681 que Louis Bélanger (fils de François) y possède 6 arpents en valeur. Il y construit sa maison de style normand. Ce bel édifice a été démoli en 1914 pour faire place à la résidence actuelle de Laurent Bélanger.

Les seigneuries furent abolies en 1854.